Journal de Kafka (III,12)

Bien que les habitués et les employés du café aiment les acteurs, ils ne peuvent continuer à les respecter quand les impressions ne leur tombent plus dessus, et ils méprisent les acteurs comme des crève-la-faim, des vagabonds, des compagnons des juifs tout à fait comme aux époques historiques. Ainsi, le maître d’hôtel a voulu jeter Löwy hors de la salle, le portier un ancien employé de bordel à présent souteneur a crié sur la petite Tschissik alors que, bouleversée par ce qu’elle ressentait en voyant « L’Homme sauvage », elle voulait remettre quelque chose aux acteurs, et quand avant-hier je raccompagnais au café Löwy qui m’avait lu le premier acte d’ « Elesier ben Schevia » de Gordon au Kaffe City, ce même type lui cria (il louche et entre son nez pointu et crochu et sa bouche il a un creux où se dresse une petite moustache) : « Viens donc, idiot (allusion à son rôle dans L’Homme sauvage). On attend. Une visite que tu ne mérites pas. C’est même un volontaire de l’artillerie, regarde là ». Et il montre l’une des vitres du café, couverte d’un rideau, derrière laquelle ce volontaire est soi-disant assis. Löwy se passe la main sur le front : « De Elieser ben Schevia à ce type ».

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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