Journal de Kafka (III,18)

Face à une marieuse qui est venue chez nous ce midi pour l’une de mes sœurs, j’ai éprouvé, pour plusieurs raisons mêlées, une gêne accablante qui me pesait sur les yeux. La femme avait une robe à laquelle l’âge, l’usure et la saleté donnaient un reflet gris clair. Quand elle se levait, elle laissait ses mains dans son giron. Elle louchait, ce qui augmentait apparemment la difficulté à faire comme si je ne la voyais pas quand je devais tourner le regard vers mon père qui me posait des questions sur le jeune homme proposé. D’un autre côté, je me sentais moins gêné parce que j’avais mon repas devant moi et que j’avais été suffisamment occupé à mélanger le contenu de mes trois assiettes sans ressentir aucun embarras. Elle avait au visage – ce que je n’ai vu d’abord qu’en partie – de si profondes rides que je songeais à l’ébahissement qui devait être celui des animaux quand ils contemplaient de tels visages. Etait remarquable sur le plan corporel son petit nez anguleux un peu relevé surtout à son bout pointant de son visage.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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