Journal de Kafka (III,21)

Pour ne pas l’oublier au cas où mon père devrait me traiter une nouvelle fois de mauvais fils, je note que devant plusieurs parents et sans motif précis soit simplement pour m’enfoncer soit prétendument pour me sauver il a traité Max de « meschuggenen ritoch », et qu’hier alors que Löwy était dans ma chambre il a parlé en secouant tout son corps et en se pinçant les lèvres d’étrangers qu’on laisse entrer dans l’appartement, de ce qui peut être intéressant chez un étranger, de l’intérêt que présentent des relations aussi inutiles, etc. – Je n’aurais toutefois pas dû l’écrire, car je me suis plongé directement dans l’écriture par haine de mon père, haine à laquelle il n’a pourtant pas fourni de prétexte aujourd’hui et qui du moins concernant Löwy est disproportionnée par rapport aux propos de mon père que j’ai notés, haine qui augmente encore de ce que je n’arrive pas à me rappeler ce qu’il y avait de vraiment méchant dans la conduite du père.

« meschuggenen ritoch »: fou exalté en yiddish

Profond mépris du père pour les amis de Franz qui apparaît de manière récurrente. Löwy, acteur de théâtre yiddish originaire de Russie, représente à ses yeux la pauvreté des Juifs de l’est à laquelle il a voulu échapper par le commerce et l’assimilation à la culture bourgeoise de Prague.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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