Journal de Kafka (III,34)

Mort du grand-père de Löwy, un homme qui avait le cœur sur la main, parlait plusieurs langues, avait fait de grands voyages au fin fond de la Russie, et qui, un samedi, avait refusé de manger chez un rabbin miraculeux de Iekateniroslav parce que les cheveux longs et un foulard de couleur du fils de ce rabbin lui rendaient la piété de la maison suspecte. – Le lit était placé au milieu de la chambre, on avait emprunté les chandeliers aux amis et aux parents, la chambre était donc pleine de la lumière et de la fumée des bougies. Près de quarante hommes se tenaient toute la journée à son chevet afin de se consoler en assistant au trépas d’un homme pieux. Il est resté conscient jusqu’à la fin et, la main sur la poitrine, a commencé au bon moment à réciter les prières prévues pour cet instant. Pendant ses souffrances et après sa mort, la grand-mère a pleuré, elle n’a pas cessé au milieu des femmes rassemblées dans la pièce voisine mais pendant l’agonie elle est restée calme parce qu’il est ordonné d’épargner au mourant des efforts vains. Il est parti avec ses propres prières. On l’a beaucoup envié d’avoir eu cette mort après une vie si pieuse.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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