Journal de Kafka (VII,59)

Après avoir quitté le bureau, le fonctionnaire municipal Bruder ne rentra chez lui que vers 9 heures du soir. Il faisait déjà complètement noir. Sa femme l’attendait devant la porte de la maison, elle tenait sa petite fille serrée contre elle. « Alors ? » demanda-t-elle. « Ça va très mal » dit Bruder. « Rentrons, je te raconterai tout. » À peine étaient-ils rentrés que Bruder ferma la porte à clé. Où est la bonne demanda-t-il. « Dans la cuisine » dit la femme. « C’est bien, venez ! » Dans le grand salon bas de plafond, on alluma le lampadaire, tous s’assirent et Bruder dit : Alors voilà où on en est. Les nôtres battent en retraite. Le combat à Rumdorf, comme je l’ai constaté à partir d’informations qui sont arrivées à la mairie, a tourné complètement à notre désavantage.  La plus grande partie des troupes a d’ailleurs déjà quitté la ville. On le cache afin d’éviter que la terreur dans la ville soit sans limite. Je ne trouve pas cela vraiment raisonnable, il vaudrait mieux dire ouvertement la vérité. Mais mon devoir exige que je me taise. Personne ne peut toutefois m’empêcher de te dire la vérité. D’ailleurs tout le monde se doute de ce qui est en train de se passer, on le voit partout. On ferme les maisons, cache ce qui peut être caché.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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