Journal de Kafka (VII,77)

3  VIII  14

  Seul dans l’appartement de ma sœur. Il est situé plus bas que ma chambre, c’est aussi une rue à l’écart, d’où le bavardage bruyant des voisins devant les portes en bas. Des sifflements aussi. À part ça, solitude parfaite. Pas d’épouse ardemment désirée qui ouvre la porte. J’aurais dû me marier dans un mois. Une terrible parole : ce que tu as voulu, tu l’as. On reste debout contre le mur, douloureusement écrasé, on baisse affreusement les yeux pour voir la main qui serre, et on reconnaît, avec une nouvelle douleur qui fait oublier l’ancienne, sa propre main tordue qui te tient avec une force qu’elle n’a jamais eue pour un travail honnête. On relève la tête, on ressent à nouveau la première douleur, on baisse encore les yeux et on n’arrête pas avec ce va-et-vient.


Kafka habitait dans l’appartement pragois de sa soeur Valli, Bilekgasse 10.

Publié par Laurent Margantin

Auteur, traducteur

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