Journal de Kafka (VIII,27)

2          Sangloté au-dessus du compte-rendu du procès d’une Marie Abraham âgée de 23 ans qui, souffrant de la misère et de la faim, a étranglé sa fille Barbara âgée de presque neuf mois avec une cravate qui lui servait de jarretière et qu’elle détacha. Une histoire parfaitement schématique.


Kafka lit un article paru dans le Prager Tagblatt du 2 juillet 1913 sous le titre : « Elle étrangle son enfant. Le motif : la faim ». Le procès s’achève sur un acquittement, les jurés organisent une collecte en faveur de la mère qui reçoit de leurs mains une somme d’argent (soixante couronnes) afin de pouvoir subvenir à ses besoins pendant quelques semaines.

Journal de Kafka (VIII,26)

Le millionnaire à l’écran au cinéma « Esclaves de l’or ». Le retenir ! Le calme, le mouvement lent qui va droit au but, pas rapide quand c’est nécessaire, tressaillement du bras. Riche, gâté, assoupi, mais comme il bondit comme un valet et fouille la chambre de l’auberge forestière dans laquelle il a été enfermé.


Première mention d’un film dans le Journal. Kafka a vu « Sklaven des Goldes » au « Grand Theatre Bio Elite » de Prague (article paru le 1er juillet 1913 dans le Prager Tagblatt).

Journal de Kafka (VIII,25)

L’image de la fête des 300 ans des Romanovs à Iaroslavl sur la Volga. Le tsar, les princesses se tenant au soleil l’air contrarié une seule délicate, vieillotte, mollasse, appuyée sur une ombrelle, regarde droit devant elle. Le prince héritier sur le bras de l’immense cosaque nu-tête. – Sur une autre image, des hommes passés depuis déjà longtemps saluent de loin.

Journal de Kafka (VIII,23)

Avant-avant-hier avec Weiß, auteur de la Galère. Médecin juif, Juif de l’espèce se rapprochant le plus du type de Juif d’Europe de l’ouest et dont on se sent pour cette raison aussitôt proche. L’immense avantage des chrétiens qui, dans leurs rapports en général, ont constamment les mêmes sentiments de proximité et en jouissent, p.e. les Tchèques chrétiens parmi les Tchèques chrétiens.


Kafka vient de faire la connaissance d’Ernst Weiß (1882-1940), médecin et écrivain, auteur du roman Die Galeere paru en 1913 aux éditions Fischer. Ils deviendront amis et se rencontreront soit à Prague, soit à Berlin où vit Weiß.