Journal de Kafka (V,5)

Invité Weltsch à venir à la soirée de bienfaisance de madame Klug. Löwy souffrant de violents maux de crâne qui sont vraisemblablement le symptôme d’une grave maladie cérébrale, s’est appuyé contre un mur dans la rue en bas où il m’attendait, la main droite sur le front de désespoir. Je l’ai montré à Weltsch qui, du canapé, s’est penché à la fenêtre. Je me suis dit que c’était la première fois dans ma vie que j’observais avec cette légèreté quelque chose dans la rue qui me concernait de près. En soi, une telle façon d’observer ne m’est connu qu’à travers Sherlock Holmes.

Franz Kafka a fait la connaissance de Felix Weltsch, d’abord un ami de Max Brod, une dizaine d’années plus tôt, au printemps 1903. Comme lui, Weltsch avait suivi des études de droit, mais c’est surtout leur intérêt commun pour la philosophie qui les rapprocha au fil des années.

Originaire de Pologne, Jizchak Löwy dirigeait une troupe de théâtre yiddish arrivée à Prague quelques mois plus tôt. Kafka assista à plusieurs des pièces mises en scène par Löwy et devint un ami proche. Ce dernier a joué un rôle déterminant dans la découverte par Kafka du judaïsme. Lire notre traduction inédite en français de ses Souvenirs de la Prague littéraire.

Madame Klug était l’une des actrices de cette troupe de théâtre.

Sherlock Holmes : les romans et nouvelles de Conan Doyle ont été publiés entre 1887 et 1917.

Journal de Kafka (V,4)

Quand on croit avoir définitivement décidé de rester chez soi pour passer la soirée, qu’on a mis sa veste d’intérieur, qu’après le dîner on est assis à la table éclairée pour se mettre à un travail ou à un jeu à l’issue duquel on ira se coucher comme à l’accoutumée, quand dehors il fait un temps maussade qui rend le fait de rester chez soi tout naturel, quand on est déjà resté si longtemps à table immobile que partir maintenant ne provoquerait pas seulement le courroux paternel mais aussi la stupéfaction générale, quand en plus la cage d’escalier est déjà sombre et la porte en bas est fermée, et quand à présent, malgré tout cela, on se lève saisi tout à coup par un sentiment de malaise, qu’on change de veste, qu’on apparaît aussitôt en tenue de ville, qu’on déclare devoir partir, ce qu’on fait après avoir pris vite congé, qu’on croit avoir laissé derrière soi une colère plus ou moins forte selon la vitesse avec laquelle on claque les portes de l’appartement afin de faire cesser toute la discussion sur le fait de partir maintenant, quand on se retrouve dans la rue avec des membres qui vous récompensent pour la liberté inespérée qu’on leur a procurée en faisant preuve d’une vivacité spéciale, quand à travers cette décision on sent s’animer en soi la capacité à prendre des décisions, quand on comprend, en y accordant plus d’importance que d’habitude, que si l’on provoque et supporte aisément les changements les plus rapides, c’est davantage par force que par besoin, que laissé seul on se développe dans l’esprit et dans le calme et dans le fait d’en jouir, alors, pour ce soir-là, on est si entièrement sorti de sa famille qu’on ne pourrait le faire de façon plus poussée à travers les voyages les plus lointains, et on a fait une expérience qu’on ne peut qualifier que de russe en raison de l’extrême solitude qu’elle représente vue d’Europe. Cela se renforce encore si, à cette heure tardive de la soirée, on va rendre visite à un ami pour voir comment il va.

Texte intégré dans le premier livre publié par Kafka en décembre 1912, Betrachtung, sous le titre « La promenade soudaine ». Le thème de la promenade, seule ou accompagnée, est récurrent dans le Journal.

Felix Weltsch

Felix Weltsch (1884-1964), ami d’enfance de Max Brod. Son père était un marchand de tissus assez prospère et, comme sa femme, féru de musique. Tous deux voyaient d’un bon œil les amitiés littéraires et artistiques de leur fils, et l’avaient autorisé à inviter ses amis chaque dimanche au domicile familial. C’est dans ce cadre-là que Kafka a fait la connaissance de Weltsch, par l’entremise de Brod, au printemps 1903. Tous les trois étaient encore étudiants. Weltsch était passionné de philosophie et, à la différence de ses deux amis, n’avait pas d’ambition littéraire. Reiner Stach, le biographe de Kafka, raconte que, dès leur première rencontre, il avait été question de la Lettre de lord Chandos d’Hugo von Hofmannsthal qui venait d’être publiée dans un journal berlinois. Kafka se retrouvait dans cette mise en cause radicale du langage, contrairement à Weltsch pour lequel il n’y avait pas de vérité philosophique sans confiance dans le langage. La scène évoquée ici se passe des années plus tard, en décembre 1911, et on ignore si la « discussion douloureuse » tournait autour de questions philosophiques ou personnelles.

Oskar Baum

Kafka fait la connaissance d’Oskar Baum en 1904. Ne voyant que d’un œil depuis sa naissance, Baum avait perdu l’usage du deuxième œil suite à une rixe entre des élèves allemands et tchèques. Il dut quitter sa famille, son école et sa ville natale (Pils) pour suivre des cours à une école juive pour aveugles à Vienne. Il y suivit notamment un remarquable enseignement musical et retrouva plus tard ses parents qui s’étaient installés à Prague. Il donna des cours de musique et commença également à écrire de la poésie. C’est Max Brod qui l’encouragea à écrire sur sa vie d’aveugle, ce qu’il fit avec un roman autobiographique intitulé Leben im Dunkeln (Vie dans l’obscurité) publié en 1911. C’est à peu près à la même époque que Baum, Weltsch, Brod et Kafka ont commencé à se rencontrer régulièrement pour parler de leurs projets littéraires, lire leurs manuscrits en cours, parfois jouer de la musique.

Journal de Kafka, deuxième carnet

Voici les caractéristiques physiques du deuxième carnet du Journal de Kafka : « Carnet à la couverture de toile cirée noire (sur un papier marron clair), pages de garde marron clair, 51 feuilles (les deux dernières feuilles dé-tachées), hauteur 24,6 cm, largeur 19,9 – 20,2 cm, tranche bleue, sans filigrane, 2 pages blanches, écriture au crayon à papier au début, encre bleue à un endroit, sinon encre noire. »

Les douze carnets employés par Kafka pour l’écriture de son Journal sont conservés depuis 1961 à la bibliothèque Bodléienne de l’Université d’Oxford à laquelle j’emprunte cette description. Ils sont tous de la même taille et ont une couverture de toile cirée marron, marron-rougeâtre ou noire.

Plutôt que de les rassembler en un seul volume une fois la traduction des douze carnets achevée, j’ai choisi de les éditer séparément au fur et à mesure de la traduction, accompagné chacun d’un appareil critique en fin de volume.

Je tente de rendre le caractère brut de l’écriture de Kafka dans ces carnets, écriture qui se distingue fortement de celle de ses récits. Parfois, la ponctuation manque. Certaines phrases sont inachevées. Il n’y a pas toujours de date, car avant d’être un journal, ces carnets étaient employés par Kafka comme des cahiers d’écriture, ce qui apparaît clairement dans les deux premiers qui couvrent une même période (les années 1910-11) et qui se recoupent par endroits.

Dans ce deuxième carnet, on pourra lire de nombreux fragments narratifs que Max Brod avait extraits de sa première édition du Journal pour les publier dans un volume à part intitulé Tentation au village. Marthe Robert, première traductrice du Journal de Kafka en français (Pierre Klossowski en avait donné des fragments quelques années avant elle) s’étant servi de cette première édition de Brod, ils sont également absents de cette traduction considérée comme canonique, alors que manquent aussi plusieurs passages nettement diaristiques caviardés par l’ami de Kafka pour diverses raisons souvent d’ordre personnel.

Je suis quant à moi l’édition critique allemande parue chez Fischer qui donne à lire chacun des douze carnets dans leur intégralité.

Pour les dates, nous respectons toujours la graphie employée par Kafka. Ainsi, pour « 3 I II », il faut lire : 3 janvier 1911.

Laurent Margantin

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Journal de Kafka, premier carnet

Kafka commence la rédaction de son Journal en 1909, elle se poursuivra jusqu’en 1922. Le Journal est une espèce de « laboratoire littéraire » où se mêlent des visions du quotidien à des morceaux de récit en cours. De nombreux passages peuvent être qualifiés de « flux d’écriture » : la ponctuation a disparu, la syntaxe est parfois libre, il s’agit pour Kafka d’exercices littéraires rapides au caractère brut. Cette dimension n’est pas rendue dans la traduction de Marthe Robert publiée dans les années cinquante. D’autre part, plusieurs passages plus dérangeants où il est question de contemporains ont été évacués par Max Brod, le premier éditeur du Journal de Kafka. Un point important également : la présente traduction se base sur l’édition critique allemande la plus récente, édition génétique des journaux : il faut en effet parler au pluriel, car il y a douze cahiers en tout, cahiers qui paraîtront progressivement aux éditions Œuvres ouvertes.

Traduction et présentation de Laurent Margantin

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Journal de Kafka (IV,1 )

28.XI II Rien écrit pendant trois jours.
Tout l’après-midi au Café City à persuader Miška de signer une déclaration certifiant qu’il n’était que commis chez nous, qu’il ne devait donc pas être assuré, et que le père, pour cette raison, n’a pas à payer une importante somme supplémentaire pour son assurance. Il me le promet, je parle tchèque couramment, c’est surtout quand je m’excuse de mes fautes que je m’exprime de façon élégante, il promet d’envoyer la déclaration lundi au magasin, je me sens sinon aimé, du moins respecté par lui, mais lundi il n’envoie rien, n’est d’ailleurs plus à Prague, il est parti.
Le soir abattu chez Baum sans Max.
Lecture de « Die Hässlichen », une histoire encore trop désordonnée, le premier chapitre ressemble plus au campement d’une histoire.

Kafka a achevé le troisième cahier après seulement quatre semaines d’écriture (du 26 octobre au 24 novembre 1911). Il commence quatre jours plus tard un quatrième cahier en évoquant des événements survenus les 25 et 26 novembre. Là aussi, même intensité de l’écriture, puisqu’il aura fini ce cahier dès le 3 janvier 1912.

En 1911, Kafka vivait avec sa famille Niklasstrasse 36, juste à côté du numéro 30 où se trouvait le Café City. Ce pâté d’immeubles a disparu, j’emprunte cette photo à ce site en allemand consacré à Kafka, on y trouve également un plan de l’appartement, qui nous intéressera puisque c’est dans cet appartement qu’a été écrite La Métamorphose en 1912. Au même endroit se dresse désormais un hôtel Inter Continental.

Hermann Kafka et sa femme avaient un magasin de nouveautés situé au numéro 12 de la Zeltnergasse (aujourd’hui Celetná), où l’on vendait des parapluies, des tissus, des boutons, des sacs, des sous-vêtements, des pantoufles, parmi d’autres « accessoires ». Après plusieurs déménagements, le magasin rouvrit en 1912 à une adresse prestigieuse, dans le Palais Kinsky, situé au cœur du vieux Prague.

Miška : un employé du magasin. Son père était régulièrement en conflit avec son personnel, ailleurs dans le Journal Kafka raconte qu’il est allé rendre visite au comptable après que tous les employés du magasin ont démissionné ensemble.

Kafka a fait la connaissance d’Oskar Baum en 1904. Borgne de naissance, il perd son second œil au cours d’une bagarre entre écoliers tchèques et « allemands ». Il suit sa scolarité dans une institution juive pour aveugles. Romancier, critique musical, pianiste et organiste à la synagogue, il va devenir un ami très proche de Kafka. En 1939, il organise un réseau pour sauver les Juifs tchèques et les réfugiés antinazis. Il meurt en 1941 à l’hôpital de Prague.

Die Hässlichen, roman de l’auteur pragois Norbert Eisler paru en janvier 1912 dans la revue Deutsche Arbeit.

Journal de Kafka (III,1)

26 octobre 1911 jeudi
Hier Löwy nous a lu tout l’après-midi Dieu, l’homme et le diable de Gordon et ensuite des passages de ses propres journaux parisiens. Avant-hier j’étais à la représentation de L’Homme sauvagede Gordon. – Gordon est meilleur que Lateiner, Scharkansky, Feimann, etc. parce qu’il a plus de détails, plus d’ordre et plus de conséquence dans cet ordre, par contre ce n’est plus tout à fait le judaïsme immédiat et littéralement improvisé une fois pour toutes des autres pièces, le vacarme de ce judaïsme sonne plus sourdement, donc aussi moins détaillé. Il est vrai que l’on fait des concessions au public et parfois on croit devoir tendre le cou pour voir la pièce par-dessus la tête des spectateurs du théâtre juif de New York (la silhouette de l’Homme sauvage, toute l’histoire de madame Seldes), mais ce qui est plus grave c’est que l’on fait aussi des concessions perceptibles à je ne sais quel art pressenti, que par exemple dans l’Homme sauvage l’action de tout un acte flotte suite à des hésitations, que l’Homme sauvage tient des discours incompréhensibles sur un plan humain, mais si grossiers sur un plan littéraire que l’on préfère fermer les yeux, comme pour la jeune fille dans D.H. et le diable. L’action de « H.s. » est en partie très courageuse. Une jeune veuve épouse un vieil homme qui a quatre enfants et fait entrer aussitôt son amant Wladimir Worobeitschik dans leur couple. Puis tous les deux ruinent toute la famille, Schmut Leiblich (Pipes) doit donner tout son argent et tombe malade, Simon le fils le plus âgé (Klug) un étudiant quitte la maison, Alexander devient un joueur et un ivrogne, Lise (Tschisik) devient une putain et Lemech (Löwy), l’idiot se met à haïr madame Selde, parce qu’elle prend la place de sa mère, et à l’aimer parce qu’elle est la première jeune femme qui lui soit proche, tombe dans une folie idiote. Arrivée à ce point, l’action se dénoue avec le meurtre de la Selde par Lemech. Tous les autres restent inachevés et impuissants dans la mémoire du spectateur. L’invention de cette femme et de son amant, une invention qui ne demande l’avis de personne m’a donné une confiance en moi trouble et hétérogène.
L’impression discrète du programme. On n’apprend pas seulement les noms, mais quelque chose en plus, toutefois juste ce que l’opinion publique – même la plus bienveillante et la plus réservée – doit savoir sur une famille exposée à son jugement. Schmut Leiblich est un « riche négociant » mais on ne dit pas qu’il est vieux et souffreteux, un ridicule coureur de jupons un mauvais père et un veuf sans piété qui se marie le jour anniversaire de la mort de sa femme. Et pourtant toutes ces indications seraient plus justes que celles du programme, puisqu’à la fin de la pièce il n’est plus riche, la Selde l’ayant dépouillé de tous ses biens, il n’est plus guère un négociant, car il a négligé son commerce. Dans le programme, Simon est « un étudiant » c’est-à-dire quelque chose de très vague, ce que sont à notre connaissance beaucoup de fils de nos relations les plus éloignées. Alexander, ce jeune homme sans caractère, est seulement « Alexander », de « Lise » la jeune fille de la maison on sait aussi seulement qu’elle est « Lise ». Lemech est hélas « un idiot », car c’est quelque chose qu’on ne peut pas passer sous silence. Wladimir Worobejtschik est seulement « l’amant de la Selde », mais pas le corrupteur d’une famille, pas l’ivrogne, le joueur, le débauché, le désoeuvré, le parasite. L’indication « amant de la Selde » livre il est vrai beaucoup de choses, mais en considérant sa conduite c’est le moins que l’on puisse dire de lui. En plus l’action se passe en Russie, à peine rassemblés, les personnages sont dispersés sur un immense territoire ou bien rassemblés sur un petit point de ce territoire qui n’est pas révélé, bref, la pièce est devenue impossible, le spectateur n’aura rien à voir – La pièce commence malgré tout, les forces manifestement importantes de l’auteur travaillent, des choses apparaissent dont on ne peut croire capables les personnages du programme et dont ils sont pourtant responsables avec la plus grande assurance, si l’on voulait croire ces gens qui donnent des coups de fouet, s’arrachent les uns aux autres, se frappent, se tapent sur l’épaule, s’évanouissent, s’égorgent, boitent, dansent chaussés de bottes russes, dansent avec des jupes de femmes relevées se vautrent sur le canapé, car ce sont là des choses auxquelles il ne sert à rien de s’opposer. Cependant, il n’est même pas nécessaire d’avoir en tête grâce au souvenir l’émotion du spectateur à son point culminant pour se rendre compte que l’impression discrète du programme est une impression fausse qui ne peut se former qu’après la représentation, qu’elle est déjà inexacte, même impossible, qu’elle ne peut naître que chez quelqu’un de fatigué se tenant à l’écart, car pour celui qui juge honnêtement après la représentation il n’y a plus de lien permis entre le programme et la représentation.
Après le tiret écrit dans le désespoir parce que la partie de cartes est aujourd’hui particulièrement bruyante, parce que je dois être assis à la table commune, parce qu’O rit à gorge déployée, se lève, se rassoit, saisit quelque chose à l’autre bout de la table, me parle, et parce que, pour comble de malheur, ce que j’écris est si mauvais et me fait penser aux beaux souvenirs parisiens de Löwy, écrits dans un sentiment ininterrompu et fruits d’une ferveur toute personnelle, tandis que moi, du moins en ce moment, et sûrement parce que j’ai si peu de temps, je suis presque entièrement sous l’influence de Max, ce qui, pour comble de malheur, me gâte parfois le plaisir que j’éprouve à lire ses travaux. Pour me consoler, je note une remarque autobiographique de Shaw, bien qu’elle contienne en fait le contraire d’une consolation : jeune garçon, il était apprenti au comptoir d’une agence immobilière à Dublin. Il démissionna bientôt de ce poste et partit à Londres où il devint écrivain. Pendant les neuf premières années, de 1876-1885, il gagna en tout 140 C. « Mais bien que je fusse un jeune homme vigoureux et la situation de ma famille fût mauvaise, je ne me jetai pas dans la lutte pour la vie ; j’y lançai ma mère et me laissai entretenir par elle. Je ne fus d’aucun soutien pour mon vieux père, au contraire, je m’accrochai à ses basques ». Finalement cela me console peu. Les années de liberté qu’il a vécues à Londres sont déjà passées pour moi, le bonheur possible se transforme toujours plus en bonheur impossible, je mène une vie horrible, un semblant de vie, et je suis assez lâche et misérable pour ne suivre Shaw que jusque là en lisant ce passage à mes parents. Comme cette vie possible étincelle devant mes yeux ouverts avec ses couleurs d’acier, ses barres d’acier tendues sur une obscurité aérienne !

Jakob Gordin (1853-1909), le « Shakespeare yiddish » (Kafka écrit Gordon). Il est né en Ukraine et a exercé plusieurs métiers : d’abord paysan et ouvrier au chantier naval à Odessa, puis acteur, professeur et journaliste. Il a milité en faveur du socialisme et ses pièces (il en a composé plus de 70) évoquent la vie réelle des juifs. En 1891 il émigre aux Etats-Unis où il sera l’auteur le plus joué sur les scènes de théâtre yiddish.

Jizchak Löwy : acteur dans la troupe de théâtre yiddish ayant joué plusieurs pièces au Café Savoy pendant l’automne 1911. Kafka assista à de nombreuses représentations évoquées dans les premiers cahiers du Journal. Une amitié s’est nouée entre lui et Löwy, un juif né en Russie dont les histoires héritées du judaïsme fascinaient l’écrivain, au point d’en noter plusieurs dans ce même cahier.